Queen's University at Kingston

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Chapitre 8: La sémantique

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Buts de la sémantique

La sémantique est l'étude scientifique de la signification. En tant que telle, elle exige des techniques et des outils particuliers, et des méthodes scientifiques. Nous verrons cependant que, contrairement à la phonologie et à la syntaxe, où il existe un accord assez général sur les méthodes à utiliser, la sémantique se caractérise par une grande diversité d'approches.

La complexité de la sémantique s'explique aussi par le fait qu'elle met en jeu plusieurs niveaux de données, allant du sens des mots, à celui des phrases, aux relations sémantiques entre phrases dans le discours, et aux relations pragmatiques qui mettent en jeu l'utilisation du langage dans les situations diverses.

Dans ce qui suit, nous commencerons par faire de la sémantique lexicale, qui traite du sens des mots. En particulier, nous examinerons les analyses sémantiques basées sur la lexicographie, sur l'analyse structurale (ou componentielle), et sur les critères logiques.

Début.


Le niveau métalinguistique

Quand on pense à la langue, on envisage surtout son utilisation pour dire des choses sur le monde. Si on dit Passe-moi le sel, on veut faire agir quelqu'un pour changer une situation dans le monde. Mais la langue a aussi une autre fonction, qui consiste à expliquer la langue. Si on vous pose la question Que veut dire le mot X?, votre réponse va porter non pas sur le monde mais sur le mot X. L'utilisation de la langue pour parler de la langue s'appelle l'emploi métalinguistique. En fait, toute la sémantique représente une utilisation de la fonction métalinguistique, dans la mesure où on utilise la langue pour donner les explications. Nous allons voir qu'une des tentatives principales en sémantique consiste à élaborer un métalangage satisfaisant qui permettra de bien expliquer le sens des mots.

En fait, on trouve le métalangage même dans l'usage quotidien, comme l'illustrent les exemples suivants:

  1. La table est verte.
  2. Elle peut courir vite.
  3. Le "table" est mal écrit.
  4. "Courir" est un verbe.

On voit que dans les deux premiers cas, on utilise les mots pour parler du monde. Le nom table et le verbe courir renvoient à des situations dans le monde. Par contre, dans les deux derniers exemples, les mêmes mots servent à désigner non pas des phénomènes dans le monde mais plutôt des entités linguistiques, des mots. La preuve, c'est que dans les deux cas, les deux fonctionnent comme noms masculins singuliers. Notez le table et courir est. L'emploi des mots pour parler du monde s'appelle l'usage, et leur emploi pour parler de la langue s'appelle la mention.

Début.


La lexicographie

Les dictionnaires restent l'une des meilleures sources de renseignements sémantiques, tant par le nombre de données traitées que par la richesse des analyses. Il faut accepter dès le début cependant qu'un dictionnaire n'est pas un ouvrage scientifique. C'est un ouvrage qui vise la consultation, et qui suppose dès le début une assez bonne connaissance de la langue. En même temps, un dictionnaire est un objet de commerce qui doit satisfaire les clients qui l'achètent. En outre, dans la société occidentale, un dictionnaire est une source de normes. On le consulte pour trouver des descriptions, mais aussi pour trouver des règles d'usage. Finalement, la production d'un dictionnaire repose non pas sur des principes scientifiques, mais plutôt sur un ensemble de techniques et de conventions développées à travers les siècles.

Pour toutes ces raisons, il faut faire bien attention lorsqu'on utilise un dictionnaire en sémantique. Mais en même temps, la longue expérience de la lexicographie en français peut nous servir de guide pour éviter des problèmes.

Les types de dictionnaires

Il existe des dictionnaires de plusieurs sortes en français. Par exemple, quelques-uns se donnent comme but de traiter tous les mots de la langue jusqu'à une limite quantitative: ce sont des dictionnaires généraux. Le Petit Robert, le Robert, le Dictionnaire du français contemporain sont des dictionnaires généraux. Une autre caractéristique d'un dictionnaire général consiste à inclure en principe toutes les parties du discours (noms, verbes, adjectifs, adverbes, prépositions, etc.). Dans la pratique, la plupart des dictionnaires excluent certaines classes de mots, comme les noms propres, des mots considérés comme vulgaires ou des mots d'une dérivation évidente.

Exercice: Dans le Petit Robert, relevez des mots formés à partir du préfixe re-. Y en a-t-il qui manquent. Lesquels?

Par opposition aux dictionnaires généraux, les dictionnaires spécialisés limitent leur choix de mots à une sous-classe. Par exemple, certains dictionnaires donnent seulement la terminologie d'un domaine en particulier (dictionnaires de chimie, d'argot), ou seulement les mots utilisés dans une région, en excluant ceux utilisés dans le français en général. On parle alors de dictionnaires différentiels. Par exemple, le Glossaire de parler français au Canada est un dictionnaire différentiel.

Exercice: Comparez le Glossaire du parler français au Canada avec le Dictionnaire québécois d'aujourd'hui.

Macrostructure et microstructure

Étant donné qu'un dictionnaire se destine à la consultation, il doit présenter son contenu dans un ordre qui permettra à l'utilisateur de trouver un mot sans parcourir tout le texte. Le plus souvent, c'est l'ordre alphabétique qu'on trouve. Mais il y a des exceptions. Certains dictionnaires (les dictionnaires inverses) classent les mots par ordre alphabétique, mais à partir de la fin des mots, ce qui facilite la recherche de suffixes ou de rimes. D'autres classent les mots par fréquence, et d'autres encore par domaine.

La structure qui règle le nombre de mots traités et leur ordre d'apparition s'appelle la macrostructure. Un dictionnaire qui traite un grand nombre de mots a une macrostructure riche, tandis qu'un dictionnaire qui comprend seulement un petit nombre de mots a une macrostructure pauvre. En fait, le calcul de la macrostructure peut être difficile, dans la mesure où certains mots sont définis non pas à leur place habituelle, mais sous un autre mot. Par exemple, dans un dictionnaire comme le Micro-Robert, le mot babillage est défini non pas dans une entrée séparée, mais dans l'entrée consacrée à babiller. C'est pour cette raison que la plupart des dictionnaires qualifient leur macrostructure en termes du nombre total d'entrées plutôt qu'en terme du nombre total de mots. Une entrée se définit comme un mot à définir, généralement en caractères plus gras, suivi d'un ensemble de renseignements et terminé par un blanc.

À côté de la macrostructure, où il est question du nombre et de l'ordre des entrées, la microstructure traite du format des entrées. Dans la plupart des dictionnaires, les renseignements qui se trouvent dans une entrée suivent un ordre fixé d'avance. Voyons, par exemple, l'entrée suivante, tirée du Petit Robert.

DÉRÉGLER [deregle]. v.tr.. (Desreigler, 1280; de dé- et régler). 1. Faire qu'une chose ne soit plus réglée; mettre en désordre. V. Bouleverser, déranger, détraquer, troubler. L'orage a déréglé le temps. Dérégler un mécanisme délicat, une montre. Fig. "Les poisons de la fatique ont vite fait de dérégler la fragile mécanique de l'âme" (DUHAM.). 2 Troubler l'ordre moral de. Dérégler les moeurs, la conduite. ANT. Régler; arranger, ranger, réparer.

On constate que l'entrée comprend la vedette (le mot à définir, ici dérégler), suivie de sa transcription phonétique et de sa partie du discours. On trouve ensuite son étymologie, qui comprend d'abord sa première date d'attestation, c'est-à-dire la date du texte le plus ancien où on a trouvé le mot et la forme sous laquelle on a trouvé le mot, et ensuite quelques détails sur son histoire. Après l'étymologie, on trouve la définition. S'il y a plusieurs sens, on trouve plusieurs définitions, numérotées pour les distinguer.

La première définition est suivie d'un ensemble de renvois, qu'on signale par la lettre V., forme abrégée de Voir. Les renvois ont comme fonction de permettre à l'utilisateur de passer d'un mot connu à d'autres mots ayant à peu près le même sens, mais qui ne seraient peut-être pas connus.

Après les renvois, on trouve quelques exemples, ayant comme but de montrer l'usage du mot. Notons la différence entre les deux premiers exemples et le troisième. Le premier donne une phrase typique. Le deuxième est un exemple neutralisé, dont le sujet manque et le verbe est à l'infinitif. Par contre, le troisième représente une citation (de l'auteur Duhamel) qui a une fonction surtout culturelle, dans le sens qu'il montre un spécimen de la littérature française.

Finalement, à la fin de l'entrée, on trouve une série d'antonymes.

On voit donc que la microstructure d'un dictionnaire reflète la complexité des données linguistiques. En même temps, il existe un certain nombre de principes qui règlent les microstructures.

Les définitions

Le noyau d'un dictionnaire se trouve dans ses définitions. Examinons les cas suivants, tirés du Petit Robert.

sous :
marque la position en bas par rapport à ce qui est en haut.
justification :
action de se justifier
chronique :
recueil de faits historiques, rapportés dans l'ordre de leur succession

Si nous comparons ces définitions, nous constatons que la première se distingue des deux autres puisqu'elle représente une explication et non pas une paraphrase. La preuve, c'est qu'on ne peut pas remplacer le mot sous par sa définition: (J'ai mis le livre sous les papiers mais non pas *J'ai mis le livre marque la position en bas par rapport à ce qui est en haut les papiers). On parle alors d'une définition métalinguistique.

Dans les deux autres cas, par contre, le mot peut se remplacer (dans au moins certains contextes) par sa définition: J'ai lu cette chronique et J'ai lu ce recueil de faits historiques, rapportés dans l'ordre de leur succession. On parle alors de définitions linguistiques. Une autre caractéristique des définitions linguistiques est le fait que la définition a la même fonction grammaticale que le mot à définir: un nom se définit par un syntagme nominal, un verbe par un syntagme verbal, et ainsi de suite. En outre, en français, on enlève le déterminant à une définition nominale, et on met le verbe à l'infinitif. De telles neutralisations donnent un plus grand degré d'abstraction à la définition.

Par contre, si nous comparons les deux dernières définitions (justification et chronique), nous voyons une autre différence entre elles. La première comprend la même base lexicale justifi- et dans le mot à définir, et dans la définition. En fin de compte, la fonction de la définition revient à montrer la relation de dérivation entre les deux formes. Ce type de définition (une définition morpho-sémantique) est utile dans la mesure où elle permet de gagner de l'espace dans un dictionnaire. Par contre, si on ne comprend pas de sens de justifier, la définition de justification sera assez peu claire. On sera obligé d'aller consulter la définition de justifier.

Dans la troisième définition, par contre, il se passe autre chose. Le mot à définir (chronique) est défini au moyen d'une paraphrase, mais d'une paraphrase ayant une structure assez particulière. La base de cette paraphrase est un mot de sens général recueil, qui signifie `ouvrage ou volume réunissant des écrits ou des documents'. Ce terme désigne donc une classe plus générale que le terme chronique. En d'autres termes, une chronique est un membre de la classe des recueils. Le reste de la définition de faits historiques, rapportés dans l'ordre de leur succession sert à distinguer la chronique des autres sortes de recueils. Pour résumer, une définition par inclusion, comme on l'appelle, se caractérise par le fait que le mot à définir est inclus dans une classe plus générale, et ensuite différencié des autres membres de la classe.

Exercice: Montrez que les définitions suivantes sont également des définitions par inclusion, en relevant la classe générale et les différenciateurs:
    frapper :
    toucher plus ou moins rudement en portant un ou plusieurs coups
    grange :
    bâtiment clos servant à abriter la récolte, dans une exploitation agricole
Essayez de trouver aussi d'autres termes qui appartiennent à la même classe générale, mais qui sont exclus par les différenciateurs.

Début.


L'analyse structurale ou componentielle

Par leur richesse et leur complexité, les dictionnaires représentent un outil important pour l'analyse sémantique. Mais en même temps, ils ont des faiblesses. L'une des principales consiste en leur métalangage. En principe, un dictionnaire peut utiliser tous les mots de la langue pour définir les entrées. Et ce qui est pire, dans une définition particulière, le choix d'un mot plutôt qu'un autre relève souvent d'un choix personnel. Par exemple, dans la définition de frapper, on pourrait remplacer toucher par entrer en contact, et dans la définition de grange, on pourrait remplacer bâtiment par construction sans détruire la définition. Ce flottement rend difficile la vérification des définitions.

Pour éviter ce genre de problème, les linguistes cherchent depuis quelques décennies à trouver d'autres outils d'analyse sémantique qui seraient plus explicites et plus faciles à vérifier.

L'un des premiers qu'on a proposé s'inspire de l'analyse phonologique. Prenons le tableau phonétique suivant:
occlusifsourdsonore oralnasalbilabialapico-dental
p + + - + - + -
b + - + + - + -
m + +/- +/- - + + -
t + + - + - - +
d + - + + - - +
n + +/- +/- - + - +

Pour chacune des consonnes à analyser, on trouve une série de catégories possibles, y compris occlusif, sourd, sonore, etc. Et pour chaque catégorie, on trouve une valeur exprimée sous forme de + et de - , où le plus signifie que la catégorie est satisfaite par la consonne et où le moins signifie que la catégorie n'est pas satisfaite. On voit donc que la consonne sourde /p/ comporte un plus pour la catégorie sourd et un moins pour la catégorie sonore. Ensemble, les valeurs pour chaque catégorie définissent le portrait d'une consonne en particulière. Chaque combinaison d'une catégorie et d'une valeur s'appelle un trait. Ainsi, +sourd est un trait, tout comme -nasal.

En même temps, notons que chaque consonne se distingue des autres par la présence d'un patron particulier de plus et de moins. Des consonnes apparentées, comme /p/ et /b/ partagent beaucoup de traits, et se distinguent par quelques valeurs seulement. D'autres consonnes, moins apparentées, ont plus de valeurs différentes. Et des familles de consonnes, par exemple les consonnes nasales, se définissent par le fait de partager un trait en commun (+nasal).

À un niveau plus général, toutes les consonnes dans la liste partagent le trait +occlusif, ce qui montre qu'elles appartiennent à une même classe.

Notons cependant une complication, dans le cas des consonnes /m/ et /n/. On y trouve une valeur complexe +/-. Cela signifie que l'une ou l'autre des valeurs est possible. (Qu'on pense au fait que /m/ est voisé dans un mot comme [myR] mais non voisé dans un mot comme [kapitalism]).

Une deuxième complication vient de la redondance dans ce système. Prenons les valeurs pour le couple sourd/sonore. Là où on trouve un + dans la catégorie des sourds, on trouve un - dans la catégorie des sonores, et vice versa. En fin de compte, on n'a pas besoin des deux traits. Étant donné l'un des deux, on peut prévoir l'autre.

L'avantage principal d'un système de traits comme celui-ci est d'être totalement explicite. En même temps, le métalangage utilisé (le système de catégories et de valeurs) est fermé. La présence de ces avantages a poussé les linguistes à adopter un tel modèle pour l'analyse sémantique aussi. Voyons quelques exemples de ce que cela peut donner.

humain adulte enfant mâle femelle
homme + + - + -
femme + + - - +
garçon + - + + -
fille + - + - +

À la place de traits phonétiques, nous trouvons maintenant des traits sémantiques, composés de catégories et de valeurs. Mais le système général reste le même. Il y a une base sémantique commune, définie par le trait +humain partagé par tous les termes, et chaque terme se distingue des autres par au moins un trait. En fait, ce système comprend aussi la même redondance qu'on a trouvé dans le système phonologique. On peut la réduire en choisissant l'une des deux catégories, ce qui donne, parmi d'autres possibilités, le système suivant:
humain adulte femelle
homme + + -
femme + + +
garçon + - -
fille + - +

On a utilisé l'analyse componentielle pour résoudre un grand nombre de questions en sémantique. Au niveau des micro-systèmes lexicaux (de petits groupes de mots ayant une base sémantique commune), une telle méthode permet de mettre clairement en évidence les relations sémantiques. Ainsi, dans l'exemple suivant, on voit que ce qui distingue rivière et fleuve est la destination.
cours d'eau finit dans l'océan
rivière + -
fleuve + +

Dans l'exemple suivant, le jeu des traits sémantiques permet de saisir d'une part la parenté étroite entre des termes comme acheter et vendre, et d'autre part l'existence de deux grandes séries, basées sur le fait de donner quelque chose, et sur le fait de recevoir quelque chose.
échange donner qqch recevoir qqch pour argent permanent
acheter + - + + +
vendre + + - + +
prêter + + - - -
emprunter + - + - -
louer(1) + + - + -
louer(2) + - + + -

Exercice: Faites l'analyse componentielle de la série suivante: sabot, chaussure, botte, bottillon, pantoufle, mule.

Début.


Homonymie et polysémie

L'étude des sens est compliquée par un fait essentiel du langage humain. Il n'existe pas une relation univoque et simple entre les formes et le sens. Plusieurs formes distinctes peuvent porter le même sens, comme c'est le cas pour la synonymie (voir plus bas), mais une seule forme peut aussi porter plus d'un sens.

Prenons les exemples suivants:

  1. la construction du pont / une belle construction moderne
  2. la clé de la porte / la clé du problème
  3. l'étalon et la jument / l'étalon de l'or
  4. un livre intéressant / une livre de beurre

Chacun des exemples met en jeu deux occurrences de la même forme (construction, clé, étalon, livre), mais nous avons l'impression qu'il existe une différence entre les deux premiers et les deux derniers.

Dans les deux premiers cas, il nous semble qu'il existe une relation de sens entre les deux occurrences de la forme. L'action construction nous semble reliée à l'objet construction. De même, clé nous semble indiquer quelque chose qui donne accès dans les deux cas. Nous formalisons cette intuition d'une parenté de sens par le terme de polysémie. Mais comment prouver son existence?

Une méthode consiste à montrer qu'il existe une relation systématique entre les deux sens. Ainsi, dans le cas de construction, le premier sens désigne une action et le deuxième le produit de l'action. On retrouve cette même relation dans toute une série de mots français (p.ex. abréviation, acquisition, addition...). Dans le cas de clé, les deux sens partagent une même base sémantique (`qui donne accès à'), tout comme d'autres cas comme bouche, tête, pied.

Par contre, dans les deux derniers cas ci-dessus (étalon, livre), nous avons l'impression qu'il n'existe aucune relation de sens entre les deux occurrences. La première occurrence d'étalon signifie `cheval mâle' tandis que la deuxiéme signifie `mesure de quantité'. La première occurrence de livre signifie `pages reliés qu'on lit' tandis que la deuxième signifie `mesure du poids'. On utilise le terme d'homonymie pour désigner cet état d'affaires, où il n'existe aucune relation sémantique entre deux formes identiques. Si les deux formes ont la même prononciation mais non pas la même orthographe (p.ex. ton/thon, ère/air, saut/seau), on parle d'homophonie, et si les deux formes ont la même orthographe sans la même prononciation, on parle d'homographie (p.ex. fils/ fils).

Comment prouver la relation d'homonymie, pour la distinguer de la polysémie? L'un des critéres, comme nous l'avons vu, est fourni par le sens. Si on a une relation de sens, il s'agit de polysémie, sinon, il s'agit d'homonymie. Un autre critère est de nature formelle: deux homonymes peuvent se distinguer par leur genre, par leur partie du discours, par leur orthographe. Ainsi, dans le cas de livre, on constate que la première occurrence est masculine, la deuxième féminine. Un troisième critère est fourni par la dérivation. Prenons le cas de étalon. On constate que la première occurrence ne donne pas lieu à des formes dérivées. Par contre, la deuxième est reliée à un verbe étalonner `tester en comparant à une mesure'. La différence de dérivation nous donne un indice de la différence de classe.

L'etude des sens multiples se complique une fois qu'on inclut la dimension historique. L'évolution du sens peut passer par une longue série d'étapes qui font en sorte que l'on voit peu de parenté entre le point de départ et le point d'arrivée. Par exemple, en français, le mot grève `cessation volontaire de travail' repose sur le sens `plage de gravier' puisque les travailleurs sans ouvrage s'assemblaient à Paris sur la Place de Grève. Mais de nos jours, personne (sauf les linguistes) ne voit le lien.

D'autres cas sont plus délicats. Y a-t-il une relation entre bloc de marbre et Bloc québécois? Seule l'application systématique des critères permet de répondre à la question (et la réponse risque de varier d'un locuteur à l'autre).

Exercice: Utilisez les critères de sens, de forme et de dérivation pour voir si les exemples suivants présentent une relation de polysémie ou d'homonymie: la fuite des prisonniers/une fuite d'eau, un homme poli/ un caillou poli.

Début.


Les relations sémantiques

L'analyse componentielle prend comme point de départ les traits sémantiques et construit un système par le jeu de traits en commun ou différents. Il existe une autre approche qui privilégie non pas les traits en tant que tel, mais les relations entre les membres d'un micro-système lexical. Le critère utilisé pour mettre en valeur les relations est l'implication.

L'hyponymie

Voyons un exemple. Prenons les unités pomme, orange et fruit. Par la signification des termes, on peut faire les affirmations suivantes:

  1. Si ceci est une pomme, cela implique nécessairement que ceci est un fruit.
  2. Si ceci est une orange, cela implique nécessairement que ceci est un fruit.
  3. Si ceci est un fruit, cela n'implique pas nécessairement que ce soit une pomme. (Il peut être une orange.)
  4. Si ceci est un fruit, cela n'implique pas nécessairement que ce soit une orange. (Il peut être une pomme.)
  5. Si ceci est une pomme, cela n'implique pas nécessairement que ce soit une orange. (C'est même impossible.)
  6. Si ceci est une orange, cela n'implique pas nécessairement que ce soit une pomme. (C'est même impossible.)

On voit donc que pomme et orange sont dans une relation spéciale avec fruit. On dit que fruit est l'hyperonyme de pomme et d'orange, et que pomme et orange sont des hyponymes de fruit. La relation elle-même entre un hyponyme et un hyperonyme s'appelle l'hyponymie.

Entre pomme et orange, il n'y a pas d'implication, mais les deux termes partagent le même hyperonyme. On dit alors que les deux sont des co-hyponymes.

Traditionnellement, on représente la relation d'implication par une flèche. Ainsi, on pourrait exprimer les exemples précédents ainsi:

  1. pomme --> fruit
  2. orange --> fruit
  3. fruit -/-> pomme
  4. fruit -/-> orange
  5. orange -/-> pomme
  6. pomme -/-> orange

On remarque que l'absence d'implication se désigne par une barre oblique à travers la flèche. Notons aussi qu'il est possible de combiner deux flèches en une seule. Ainsi, on pourrait remplacer les deux derniers cas par la formule: pomme <-/-> orange.

En outre, les relations d'hyponymie peuvent se répéter en série. Ainsi, pomme a comme hyponymes MacIntosh et Granny Smith, tandis que fruit a comme hyperonyme objet, qui lui-même a comme hyperonyme chose. L'une des conséquences de ce fait est que si un terme est un hyponyme d'un terme supérieur qui est lui-même hyponyme d'un autre, le premier sera également hyponyme du troisième. Ainsi, pomme est un hyponyme direct de fruit et un hyponyme indirect de objet et de chose.

On peut représenter les relations d'hyponymie au moyen d'un arbre, comme l'illustre l'exemple suivant:

                        fruit
                          |
                          |
                   --------------
                   |            |
                 pomme        orange

L'existence des relations d'hyponymie nous donne la possibilité dans le discours de nommer quelque chose à plusieurs niveaux d'abstraction. En général, nous choisissons le niveau qui nous semble convenir le mieux à notre interlocuteur. On dira, selon les cas, J'ai acheté des MacIntosh, si on sait que l'interlocuteur adore cette espèce de pommes, ou bien J'ai acheté des pommes, si on sait que l'interlocuteur aime les pommes en général, ou bien J'ai acheté des fruits, si on sait que l'interlocuteur aime tous les fruits. Par contre, on évite en général de produire des phrases trop générales comme J'ai acheté une chose.

L'hyponymie existe à plusieurs niveaux, entre les noms, les verbes (cf. voler, prendre, ou bien sauter, se déplacer), et les adjectifs (cf. fièvreux, malade). Par contre, on constate que dans certains cas, les deux membres du système ne partagent pas la même fonction grammaticale. Prenons le cas des couleurs. Rouge et bleu sont des co-hyponymes d'un terme plus général, mais lequel? Il existe l'adjectif colorié, mais le nom couleur est de loin plus fréquent. Dans d'autres cas, le terme plus général est formé d'une combinaison de termes. Ainsi, en anglais, l'hyperonyme de brother et de sister est sibling. En français, l'hyperonyme serait frères et soeurs.

Exercice: Relevez l'hyperonyme de chacun des termes suivants: courage, lenteur, bicyclette, vin.

Exercice: Relevez trois hyponymes pour chacun des termes suivants: jouet, parent, danser, vin.

Début.


La synonymie

Il est également possible d'utiliser le critère de l'implication pour relever des exemples de synonymie. Voyons les exemples suivants:

  1. ceci est un soulier --> ceci est une chaussure
  2. ceci est une chaussure --> ceci est un soulier
  3. x travaille rapidement <--> x travaille vite
  4. x finit y <--> x termine y
  5. ceci est un autobus <--> ceci est un bus
  6. ceci est un casse-tête <--> ceci est un puzzle

On constate que l'implication mutuelle, c'est-à-dire le fait que l'un des termes implique l'autre, et que le deuxième implique le premier, peut être vue comme une preuve de synonymie. Ainsi, d'après ces données, on voit que, logiquement, soulier et chaussure, rapidement et vite, finir et terminer, etc. sont des synonymes.

Notons cependant que le critère de l'implication mesure l'équivalence logique, mais non pas l'équivalence stylistique. Ainsi, même si le choix entre rapidement et vite ou entre terminer et finir n'a pas beaucoup de conséquences stylistiques, on ne peut pas dire autant des autres exemples. De façon générale, le terme soulier est utilisé plus souvent au Canada que chaussure, qui aurait une fréquence plus élevée en France. Il en va de même pour casse-tête (canadien) et puzzle (français). Finalement, bus est une forme familière, utilisée dans la langue parlée, tandis que autobus est plus formel.

Il faut donc manipuler le critère de l'implication avec prudence, sachant qu'il mesure certaines choses, mais non pas d'autres. En même temps, il ne faut pas oublier que l'implication s'établit entre des sens uniques. Ainsi, doux est synonyme de mou dans un sens et de gentil dans un autre. Il faut faire bien attention d'identifier le sens qu'on analyse.

Exercice: Utilisez le critère de l'implication mutuelle pour déterminer si les couples suivants représentent des synonymes ou non: soixante-dix/septante; fâché/furieux. Est-ce que cela se confirme dans tous les contextes? Y a-t-il des différences stylistiques?

Début.


L'antonymie

Le terme antonymie désigne un phénomène assez vaste, ayant plusieurs sous-classes. Examinons les exemples suivants:

  1. ce numéro est pair --> ce numéro n'est pas impair
  2. ce numéro est impair --> ce numéro n'est pas pair
  3. ce numéro n'est pas pair --> ce numéro est impair
  4. ce numéro n'est pas impair --> ce numéro est pair
  5. *ce numéro n'est ni pair ni impair
  6. *ce numéro est plus pair que l'autre

On voit dans ce cas qu'il n'existe aucune relation d'implication entre les deux termes. Par contre, la négation de l'un implique l'affirmation de l'autre. Et on ne peut pas nier les deux en même temps. Finalement, ni l'un ni l'autre n'accepte la gradation (dans le sens de la qualification par plus ou moins).

Un couple qui présente le même comportement que pair/impair pour ce qui est de l'implication, l'implication sous la négation et la gradation, fait partie de la sous-classe de l'antonymie qui s'appelle la complémentarité. D'autres exemples de complémentarité seraient marié/célibataire, mort/vivant et animé/inanimé.

Mais tous les exemples d'antonymie ne fonctionnent pas de la même façon. Prenons les exemples suivants:

  1. ce verre est grand --> ce verre n'est pas petit
  2. ce verre est petit --> ce verre n'est pas grand
  3. ce verre n'est pas grand -/-> ce verre est petit
  4. ce verre n'est pas petit -/-> ce verre est grand
  5. ce verre n'est ni grand ni petit
  6. ce verre est plus grand que l'autre

On voit que le fonctionnement est légèrement différent de celui de la complémentarité. Les deux premiers tests donnent les mêmes résultats, mais les deux suivants donnent des résultats contraires. En outre, on peut nier les deux termes et la gradation est possible. Nous avons affaire ici au phénomène qu'on appelle l'antonymie scalaire. À la différence de la complémentarité, qui suppose un choix simple et binaire entre deux termes, l'antonymie scalaire implique une échelle qui tourne autour d'un point de référence. Habituellement, l'un des termes implique une valeur positive, l'autre une valeur négative.

C'est la situation qui détermine le point de référence, comme le montrent les exemples suivants:

  1. Ce camion est lourd. (Se dit devant un camion-remorque qu'on essaie de bouger à la main.)
  2. Ce camion est lourd. (Se dit devant un jouet qui pèse un kilo, et pas 100 grammes comme les autres dans la même pile.)
  3. Ce camion est léger. (Se dit devant un camion-remorque qu'on vient de bouger au moyen d'un équipement spécial.)
  4. Ce camion est léger. (Se dit devant un jouet qui pèse un kilo, et pas 3 kilos comme les autres dans la même pile.)

Notons aussi que dans une situation d'antonymie scalaire, l'un des termes a tendance à occuper un statut plus général que l'autre. Ainsi, entre lourd et léger, c'est le premier qui est le terme le plus général. Ainsi, on peut demander c'est lourd? sans présupposer que quelque chose est lourd, mais on ne peut pas demander c'est léger? sans donner l'impression qu'on pense que quelque chose est effectivement léger.

Il existe plusieurs autres sous-classes d'antonymie qu'on peut identifier. Prenons par exemple le cas suivant:

  1. ce verre est plein --> ce verre n'est pas vide
  2. ce verre est vide --> ce verre n'est pas plein
  3. ce verre n'est pas plein -/-> ce verre est vide
  4. ce verre n'est pas vide -/-> ce verre est plein
  5. ce verre n'est ni plein ni vide
  6. ce verre est plus plein que l'autre
  7. ce verre est complètement plein (cf. *ce verre est complètement lourd)
  8. ce verre est tout-à-fait vide (cf. *ce verre est tout-à-fait léger)

On voit que pour ce qui est des six premiers critères, plein/vide fonctionnent comme lourd/léger. Par contre, les deux derniers critères montrent que plein/vide acceptent la possibilité d'une limite sur l'échelle des possibilités. À un moment donné, on arrive au bout de l'échelle. On parle dans ce cas d'antonymie scalaire double.

De même, voyons les exemples suivants:

  1. ce travail est parfait --> ce travail n'est pas imparfait
  2. ce travail est imparfait --> ce travail n'est pas parfait
  3. ce travail n'est pas parfait --> ce travail est imparfait
  4. ce travail n'est pas imparfait --> ce travail est parfait
  5. *ce travail n'est ni parfait ni imparfait
  6. *ce travail est plus parfait que l'autre
  7. ce travail est plus imparfait que l'autre

On voit que le couple parfait/imparfait fonctionne comme le couple pair/impair en ce qui concerne les 6 premiers critères. Par contre, on peut appliquer la gradation à imparfait, mais non pas à parfait. Si on dit plus imparfait, cela veut dire qu'il y a plus de fautes. Par contre, si on dit plus parfait, cela doit signifier autre chose: `meilleur'. On parle dans ce cas de complémentarité scalaire.

Tous les exemples d'antonymie que nous avons vus jusqu'à présent sont relativement simples. Mais il y en a d'autres qui sont plus complexes. Nous allons en voir deux ici.

On s'accorde généralement pour dire que parent et enfant sont des contraires, tout comme vendre et acheter, et partir et arriver. Mais la nature de cette antonymie n'est pas facile à saisir. Comparons, par exemple, partir et arriver avec partir et rester. Les deux derniers sont des cas de complémentarité (on peut faire les tests pour le vérifier: si on ne part pas, on reste, et si on ne reste pas, on part). Mais partir et arriver sont différents. Si on ne part pas, on n'arrive pas nécessairement, et vice versa.

En fin de compte, partir et arriver supposent non seulement l'opposition entre deux termes, mais en même temps une opposition entre deux moments. On peut montrer cela au moyen d'une table.

VERBE TEMPS 1 TEMPS 2
partir on est ici on n'est pas ici
on n'est pas ailleurson est ailleurs
arriver on n'est pas icion est ici
on est ailleurson n'est pas ailleurs

On a donc deux cas d'antonymie simple pour chaque moment. On désigne ce phénomène comme la réciprocité.

Un deuxième type d'antonymie complexe s'appelle l'inversion. Prenons le cas de couples comme augmenter/réduire. On peut dire des phrases comme:

  1. Pierre avait un salaire élevé, mais on l'a augmenté davantage.
  2. Pierre avait un salaire bas, mais on l'a réduit davantage.
  3. Pierre avait un salaire bas, mais on l'a augmenté.
  4. Pierre avait un salaire élevé, mais on l'a réduit.

On voit que ce couple de termes désigne des mouvements dans une échelle. Si on suppose que derrière le terme réduire il y a le concept `rendre moins élevé', et derrière le terme augmenter il y a le concept `rendre plus élevé', on peut représenter le système ainsi:

VERBE TEMPS 1 TEMPS 2
augmenterx a la valeur yx a la valeur y + z
réduirex a la valeur yx a la valeur y - z

Pour résumer, on constate que le terme antonymie recouvre un grand nombre de phénomènes différents. Deuxième constatation: on doit reconnaître que l'antonymie en tant que phénomène dépasse les antonymes, en tant qu'exemples. L'histoire du français nous montre que nous sommes capables de faire de nouveaux antonymes chaque fois qu'une opposition nous semble importante. Depuis quelques années, on a vu la création de couples comme pro-choix/pro-vie dans le débat sur l'avortement, analogique/digitale pour parler des montres.

Expérience:
    (1) Trouvez d'autres exemples de couples antonymiques de création récente;
    (2) formez vous-même un nouveau couple antonymique.

Début.


La méronymie

Examinons les phrases suivantes:

  1. Micheline m'a touché le doigt.
  2. Micheline m'a touché la main.
  3. Micheline m'a touché le coude.
  4. Micheline m'a touché le bras.

On constate que le critère de l'implication nous permet de découvrir des relations linguistiques entre certaines de ces phrases. Ainsi, 1. implique 2. et 3. implique 4. mais 1. et 2. n'impliquent pas 4. Linguistiquement, le doigt est dans une relation spéciale avec la main, qu'on appelle méronymie. Cela veut dire que le premier est vu, linguistiquement, comme une partie de l'autre.

Il est important de reconnaître qu'il s'agit d'une relation linguistique, et non pas physique. Ainsi, les doigts se trouvent au bout de la main tout comme la main se trouve au bout du bras, mais malgré cela, doigt et main sont dans une relation de méronymie, mais main et bras ne le sont pas.

Notez aussi que tous les verbes ne donnent pas les mêmes résultats face à la méronymie. Comparez:

  1. il m'a touché le doigt/la main
  2. il m'a frappé le doigt/la main
  3. il m'a coupé le doigt/la main
  4. il m'a arraché le doigt/la main

Exercice: Relevez d'autres exemples de méronymie en français, dans le domaine des parties du corps, et dans celui des bâtiments.

Début.


Les relations sérielles et cycliques

Une dernière relation qu'il faut mentionner se trouve dans des groupes comme les suivants:

  1. un deux trois quatre cinq six ...
  2. lundi mardi mercredi jeudi vendredi samedi dimanche
  3. janvier février mars avril mai ...
  4. printemps été automne hiver

Dans 1., on a une série, dont chaque membre se définit par sa place après un autre et avant un autre. En outre, cette série a un début (mais non pas de fin). Contrairement à 1., les termes en 2. et 3. représentent des cycles. Même s'il y a un début et une fin à la liste, on peut continuer en recommençant. Et finalement, en 4., nous avons un cycle dont le début et la fin ne sont pas clairement définis.

Début.


Présupposition et implication

La présupposition

Nous ne parlons pas dans le vide, mais dans le contexte d'un ensemble de connaissances partagées sur le monde et sur notre expérience. En parlant, nous posons un certain nombre de choses, en les disant, et nous présupposons d'autres choses, sans le dire. Prenons l'exemple suivant:

  1. Jean-Pierre a perdu ses clés.

Cet énoncé pose que Jean-Pierre a perdu ses clés. Mais il présuppose un certain nombre de choses:

On peut nier soit le posé, en disant, par exemple Non, il vient de les retrouver, soit le présupposé, en disant, par exemple Mais c'est un petit bébé. Il n'a pas de clés, voyons!. Cependant, même si on nie le posé, le présupposé reste vrai. Ainsi, Jean-Pierre n'a pas perdu ses clés a les mêmes présupposés que Jean-Pierre a perdu ses clés. Il en va de même pour les questions: les présupposés restent vrais si on change une phrase en question: Jean-Pierre a-t-il perdu ses clés présuppose toujours l'existence de Jean-Pierre et le fait qu'il a des clés.

En appliquant ces deux tests (la négation et l'interrogation), on peut déceler l'existence de plusieurs sortes de présupposés.

Exercice: Relevez les présupposés de chacun des énoncés suivants: Le roi de France est chauve, As-tu arrêté de voler ton employeur?

Il existe une classe spéciale de présupposés véhiculée par les verbes de jugement, tels que savoir, se souvenir. Comparez, par exemple, les trois phrases suivantes:

  1. Je sais qu'elle est arrivée
  2. Je crois qu'elle est arrivée
  3. J'ai rêvé qu'elle était arrivée

Notez que la première phrase présuppose la vérité de son arrivée, ce qui n'est pas le cas pour les deux autres. C'est cela qui explique l'importance que nous attribuons au choix des verbes de la sorte (les verbes psychologiques).

L'implication

Nous venons de voir qu'un énoncé peut présupposer la vérité d'une chose, sans que la chose soit dite. En d'autres termes, la vérité du présupposé est nécessaire pour garantir la vérité de l'énoncé. Mais il existe aussi la relation inverse: la vérité d'un énoncé peut garantir la vérité d'une chose qui n'est pas dite. On appelle cela l'implication.

Voyons un exemple. Si je dis Jean-Pierre a perdu ses clés, et si cet énoncé est vrai, il est maintenant vrai que Jean-Pierre n'a pas ses clés. Ou encore, si je dis J'ai appris son numéro de téléphone, cela implique que je le sais, à moins de nier cela dans un énoncé subséquent.

   Exercice: Trouvez les implications de l'énoncé: Pierre a tué Jean-Paul.

Début.


Implicatures

Il existe un autre aspect des connaissances sur le monde qui joue un rôle dans l'utilisation de la langue. Il s'agit de nos attentes en ce qui concerne l'utilisation normale de la langue. Ainsi, en principe, nous nous attendons que les gens coopèrent dans la communication. Le philosophe anglais H.P. Grice a formalisé ces attentes dans une série de maximes, qui portent sur la quantité, la qualité, la relation et la manière d'une contribution à la conversation.

Voyons quelques maximes:

On peut observer dans le discours le jeu des maximes, et l'irritation des locuteurs si d'autres locuteurs ne les respectent pas. Mais ce qui est aussi intéressant est la possibilité de ne pas respecter les maximes tout en signalant à l'interlocuteur qu'on ne les respecte pas. Prenons par exemple la maxime de qualité qui veut qu'on dise la vérité. Si j'arrive chez mon voisin au milieu d'une tempête de neige et si je dis Il fait beau, hein?, il est évident que je ne respecte pas la maxime. En fin de compte, c'est le non-respect de la maxime qui sous-tend ce qu'on appelle l'ironie et le sarcasme.

Expérience: Trouvez le résultat du non-respect de la maxime de manière ou de quantité.

Début.


L'ouverture de la sémantique

Puisque la sémantique relie en quelque sorte la langue avec notre activité mentale en générale, il est très difficile de faire une distinction claire et nette entre les deux. Dans le contexte du cours, nous explorerons des facettes de la relation, sachant toutefois que le domaine est très peu exploré et qu'il reste beaucoup à faire.

À lire:

Dubois, Jean, (1971) Introduction à la lexicographie, le dictionnaire. Paris: Larousse. (RES)

Hurford, James R. (1983) Semantics : a coursebook. Cambridge: Cambridge University Press. (RES)

Melcuk, Igor. (1984) Dictionnaire explicatif et combinatoire du français contemporain: recherches lexico-sémantiques. Montréal: Presses de l'université de Montréal. (REF)

Pottier, Bernard. (1992) Sémantique générale. Paris: PUF. (RES)

Wierzbicka, Anna. (1985) Lexicography and conceptual analysis. Ann Arbor: Karoma. (RES)

Début.


Dernière modification: 31 décembre 1996. Veuillez signaler des problèmes d'ordre technique à Greg Lessard <lessardg@post.queensu.ca>